Le mea culpa que doit faire le Québec

Parler de Dieu, c'est parler de religion. Quand on parle de religion au Québec, on doit parler de l'église catholique. Depuis plusieurs années, on l'accuse de tous les maux. On en a fait notre bouc émissaire favori pour expliquer nos problèmes. Certaines crient bien haut que les curés nous ont maintenus dans l'ignorance crasse du progrès. Des romans et téléséries historiques nous présentent les curés comme des tyrans effroyables. Certains magazines et journaux ne ratent jamais une occasion de dépeindre les religieux comme des personnes perverses, abusives, rétrogrades, etc. À écouter certaines personnes, la religion catholique aurait été la pire calamité à frapper le Québec au cours de son histoire… Il serait peut-être temps de regarder tout cela d'un oeil un peu plus objectif.

Mais tout d'abord, il faut faire une distinction capitale entre l'église-communauté et l'église-institution. Ce sont deux réalités très différentes.

L'église en tant que communauté , c'est un rassemblement de gens qui partagent une même foi au Christ et à son enseignement. C'est un groupe de gens qui se reconnaissent entre eux comme chrétiens et qui veulent s'aider à vivre les valeurs spirituelles proposées par le Créateur. Bien sûr, toutes les communautés chrétiennes ne vivent pas cet idéal chrétien avec la même authenticité. Mais il n'en demeure pas moins que c'est ainsi qu'il faut comprendre ce qu'est l'église.

L'église (catholique) en tant qu' institution , c'est le Vatican et toute sa hiérarchie avec le Pape, les cardinaux, les archevêques, les évêques, les curés, les prêtres et tous les autres titres disponibles dans cette organisation. C'est une institution humaine, donc imparfaite; une institution où des hommes ont accompli de grandes choses. Mais où aussi parfois des hommes ont oublié leur mission spirituelle au profit du pouvoir et des richesses.

Alors, il faut faire bien attention à ne pas confondre communauté et institution . Il ne faut pas rejeter la communauté chrétienne et le message du Christ à cause des erreurs de certains hommes dans l'institution. Il faut aussi comprendre pourquoi des erreurs ont été commises. Je ne te dis pas cela pour excuser les fautifs, mais bien pour replacer les faits.

L'église-institution a été très puissante au Québec. Ses décisions ont influencé le cours de notre histoire. Mais avant de la tenir responsable de nos problèmes, regardons un peu plus attentivement les faits. Après la conquête anglaise, l'église catholique était la seule organisation qui regroupait tous les Québécois. C'était la seule force pouvant opposer à l'envahisseur. Inévitablement, son rôle a dépassé le simple enseignement du message chrétien. Car en fin de compte, l'église des Anglais aurait très bien pu remplacer l'église des Français pour l'enseignement religieux…

Regarde bien le contexte. Un peuple vaincu, dépouillé de ses dirigeants civils, face à une autorité qui ne parle pas la même langue. Ainsi, bon gré mal gré, l'institution devient plus qu'un service à la communauté chrétienne. Elle devient son porte-parole. En plus du pouvoir religieux, l'église « hérite » d'un certain pouvoir politique. À cela, ajoute le fait que l'économie est dirigée par les Anglais et que les Québécois sont surtout des cultivateurs sans instruction. Qu'arrivait-t-il lorsqu'un Québécois voulait faire autre chose que cultiver la terre? Quand il voulait s'instruire et sortir de la misère? Il entrait dans la seule institution où il se sentait chez-lui et où il pourrait atteindre ses objectifs. Il entrait en religion!

Je suis persuadé que si le Québec des années 1800 et du début des années 1900 avait eu de fortes institutions civiles et économiques, une bonne partie des prêtres de cette époque auraient été des politiciens et des gens d'affaires. Ces hommes faisaient partie de l'église catholique parce qu'elle était la seule institution où ils pouvaient atteindre leurs objectifs. Même chose pour les femmes avec les communautés religieuses. Résultat : l'église-institution est devenue d'une très grande force parce qu'on y retrouvait une bonne partie des gens parmi les plus brillants de l'époque.

Cette situation a parfois éloigné l'église catholique du Québec de son but premier, le service à la communauté chrétienne. Et aujourd'hui, alors que les Québécois possèdent d'autres institutions fortes, l'église revient à son véritable rôle. Car puisque le pouvoir n'est plus dans l'église-institution, ceux qui recherchent le pouvoir ont quitté l'église.

En gros, voilà ce qui s'est passé. Et c'est ainsi que les Québécois ont réussi à survivre en tant que peuple. Sans une institution forte pour se regrouper et pour résister à l'assimilation, les Québécois francophones ne seraient plus qu'un souvenir folklorique. Évidemment, l'église n'est pas la seule responsable de la survie des Québécois. Mais elle fut un rouage crucial.

Malheureusement, l'importance prise par l'institution a dépassé celle de l'église communautaire. Or, l'église n'est pas l'endroit pour jouer le jeu du pouvoir. Ces hommes qui auraient dû être politiciens ou gens d'affaires, mais devenus curés ou évêques, se sont retrouvés déchirés entre leurs ambitions et leur tâche de serviteurs de la communauté chrétienne. Or, on ne peut servir deux maîtres à la fois. Ils sont devenus, soit de mauvais prêtres et d'habiles dirigeants, soit de bons prêtres et de piètres dirigeants. Ou peut-être parfois mauvais dans les deux rôles à la fois.

Cela explique comment l'église est devenue si importante dans la vie civile des Québécois. Cela explique aussi ses erreurs et ses réussites. Aujourd'hui, nous avons le devoir de faire la part des choses. Si nous croyons que le Québec est en retard sur d'autres pays (ce qui est globalement faux, quoiqu'en disent certains), ne jetons pas le blâme sur l'ensemble des prêtres. Ne rejetons pas les valeurs spirituelles de 1a communauté chrétienne parce que des hommes, à une époque, n'avaient d'autre moyen que la hiérarchie religieuse pour échapper à la misère et à la servitude politique.

Ayons aussi l'honnêteté de voir tout ce qui s'est fait de bien et même d'excellent dans tous les domaines. L'église catholique du Québec a commis des erreurs, mais elle a aussi été la source de bien des réussites. Par exemple, notre plus puissant outil financier 100 % québécois, le Mouvement Desjardins, n'existerait pas sans l'appui reçu de l'église. Et les millions de Québécois qui fêtent le 24 juin (la Saint-Jean-Baptiste!) en brandissant bien haut le drapeau du Québec parleraient probablement anglais et ils fêteraient la victoire de Wolfe contre les Français si l'église catholique n'avait pas été là.

Je ne veux pas te convaincre que l'église catholique a toujours été parfaite. Je veux seulement qu'on arrête de la considérer comme la grande responsable de nos problèmes. Les gens qui faisaient partie de cette institution n'étaient ni meilleurs, ni pires que les autres Québécois de leur époque. Et il faut bien faire la distinction entre l'église-institution et l'église-communauté. Cela est très important en cette époque où il est plus que jamais primordial de retrouver des valeurs spirituelles fortes.

Si tu vois des choses que tu n'aimes pas dans l'église, travaille à les changer plutôt qu'à manger du curé… Travaille à construire une communauté chrétienne harmonieuse plutôt qu'à secouer la poussière du passé.

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